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70 ... Le grand frère de Madame
Fouloff sest estropié dans un violent
accident de moto. Cette moto, il venait tout juste
de lacheter. De la maison familiale, sa
petite sur le regardait admirativement apparaître
et disparaître dans les rues du quartier.
De loin, elle la finalement entrevu qui
percutait un poteau. Madame Fouloff avait six
ans. Elle a couru vers son frère mais,
le temps darriver, toute une foule avait
déjà fait cercle autour de lui.
Conscients que ce quelle allait voir risquait
de la choquer mais sans trop savoir quoi lui expliquer,
les voisins ne lont pas laissée passer.
Une ambulance est arrivée puis repartie
sans quelle puisse lapprocher.
Ce drame, Madame Fouloff la revécu
aussi souvent quelle a revu son frère.
Et, chaque fois, avec le même malaise. Un
malaise quelle attribuait, bien sûr,
à laccident. Ce jour-là, pourtant,
ce nest pas ce qui est arrivé à
son frère qui la marquée,
mais ce qui sest réellement passé
pour elle : son impuissance à entrer dans
cette foule qui la rejetait maladroitement.
Dans son principe, cette histoire est assez commune.
Nous attribuons naturellement les malaises que
nous ressentons à leurs causes les plus
logiques et les plus admissibles socialement.
Dautant que, lorsquon est enfant,
cest notre entourage qui décide le
plus souvent du pourquoi nous nous sentons mal.
Dailleurs, nous réfléchissons
rarement à ce que nous ressentons. À
travers lexpérience de nos proches,
la lecture, les films, les émissions de
télévision, cest notre environnement
qui nous apprend progressivement à mettre
un nom sur ce que nous vivons. Et une fois la
chose entendue, cent fois, mille fois, nous pouvons
revenir dessus sans rien voir de notre erreur.
Et lerreur est courante car nos peurs sont
trop diversifiées, trop personnelles pour
que lon puisse les cataloguer. En fait,
nos peurs nobéissent réellement
quà une seule règle : elles
ne sont jamais directement concernées par
ce qui arrive aux autres. Seule compte notre relation
personnelle avec les situations que nous traversons.
Et quelquefois, cette relation savère
peu glorieuse, difficilement avouable, à
soi-même autant quaux autres.
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