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Page 38 ...À noter, même si cela semble évident, que c’est la sensation désagréable ressentie lors de la première expérience que nous avons peur d’éprouver à nouveau. En fait, c’est le malaise physique que nous redoutons. Et nous avons beau nous raisonner, nous guettons avec angoisse l’apparition des manifestations corporelles vécues la toute première fois. Et à chaque circonstance similaire, les mêmes manifestations se reproduisent. Tout se passe comme si nos peurs étaient inscrites dans notre corps. D’ailleurs, une fois notre peur désamorcée, nous pouvons tranquillement penser à la situation, la raconter, la revivre sans ressentir quoi que ce soit : comme nous le constatons avec satisfaction, cela ne nous fait plus rien.
Ce qui vient d’être dit est déterminant pour comprendre la provenance de certaines peurs souvent considérées à tort comme des peurs « transmises ».
Un enfant qui se brûle aura peur de retrouver la sensation de « brûlure ». Il en a fait l’expérience. Mais un enfant qui voit ses parents paniqués alors qu’il s’approche d’un feu aura, apparemment, lui aussi, peur du feu sans pour autant en avoir fait l’expérience. En fait, par la suite, à proximité d’un feu, la sensation qu’il aura peur de retrouver ne sera pas celle de la « brûlure » qu’il ne connaît pas, mais, inconsciemment, le malaise ressenti face à la panique excessive des parents. Certes, le feu est un élément déterminant de la situation de peur mais c’est le ressenti produit par la réaction de l’adulte qui est redouté. En ce sens, il est erroné de parler de « transmission ». Il s’agit plutôt de « confusion ». D’ailleurs, dans ce type de peurs, les personnes admettent généralement avec perplexité qu’elles ne sont effrayées par le feu, par l’orage, par une souris, ou par une araignée, qu’en présence de quelqu’un d’autre. Confrontées, seules, à ces situations, elles se rendent compte que, instinctivement, leur première réaction est de regarder alentour si quelqu’un est présent. Si effectivement elles se croient seules, aucun malaise n’apparaît. La présence du feu, de l’orage, de la souris ou de l’araignée est alors vécue normalement et, souvent, même, avec curiosité, voire avec de l’attirance.

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